La Forêt enchantée | Conte d’automne pour enfants

Entrez dans une forêt magique peuplée de créatures attachantes, où une petite fille pourrait bien découvrir en elle un courage insoupçonné.

CONTES ET HISTORIETTES

14 min lire

Niflounette vole dans une forêt lumineuse aux côtés de Cibouille et d’Aphrodite, parmi des feuilles et des végétaux d’automne
Niflounette vole dans une forêt lumineuse aux côtés de Cibouille et d’Aphrodite, parmi des feuilles et des végétaux d’automne

La forêt enchantée

À l’approche de l’automne, les nuits s’allongent et les forêts se parent doucement de mystère. Certaines, dit-on, dissimulent même des secrets que seuls quelques privilégiés ont la chance de découvrir…

Installez-vous confortablement et laissez-vous guider dans une forêt peuplée de créatures aussi surprenantes qu’attachantes.

Un conte tout en douceur, en magie et en émotions, pour les petits comme pour les grands rêveurs.

Il existe en ce monde une forêt aussi vieille que la Terre elle-même. Cette majestueuse forêt est aussi vaste que mystérieuse, aussi belle que dense. Une douce lueur bleutée l’éclaire constamment, de jour comme de nuit. Donc, vous pouvez vous y perdre, mais vous ne serez jamais dans le noir.

Extrêmement peu d’hommes sur cette Terre ont eu l’autorisation de fouler le sol de cette grande vénérable.

Oui, oui, vous m’avez bien entendu. Il faut que la forêt vous accepte pour que vous puissiez y entrer. Sans son accord, vous ne serez même pas en capacité de la voir. N’oubliez pas, elle est magique ! D’ailleurs, depuis que les humains existent, à peine une poignée d’entre eux ont pu la traverser.

Laissez-moi vous raconter l’histoire d’une petite fille qui a eu cet immense privilège.

Lilly était une petite fille douce et gentille, mais terriblement timide. Cela lui gâchait souvent la vie, car elle était si timide qu’elle n’arrivait pas à se faire d’amis. S’adresser à des inconnus était pour elle au-dessus de ses forces et elle désespérait de pouvoir enfin, un jour, avoir quelqu’un à qui parler.

Lorsque des camarades de classe s’approchaient d’elle et tentaient de discuter, elle se refermait comme une huître, baissait les yeux et ne leur répondait pas. Alors, découragés de n’avoir jamais de réponse, ils avaient fini par abandonner et la laissaient seule, pensant que c’était ce qu’elle voulait.

Lilly était vraiment triste de ne pas oser leur répondre et ne savait plus quoi faire pour sortir de sa coquille, son refuge et sa prison.

Un soir qu’elle n’arrivait pas à dormir, elle sortit de son lit et alla s’asseoir dans l’herbe, sous l’alisier de son jardin. Elle adorait cet endroit et y allait souvent quand elle n’avait pas le moral.

Ce soir-là, la nuit était d’un noir d’encre. Lilly n’avait jamais vu autant d’étoiles dans le ciel. C’était vraiment magnifique…

Une larme coula le long de sa joue tandis qu’elle repensait à l’énième tentative de Zahia pour lui parler ce jour-là. Elle avait tellement envie de lui répondre et de devenir son amie…
Lorsque la larme toucha la racine de l’alisier qui sortait de terre, un petit ting sonore se fit entendre, ce qui sortit Lilly de ses pensées.

Elle aperçut au loin une lueur bleutée qui semblait voleter dans les airs. Lilly plissa les yeux pour essayer de mieux voir et crut deviner une petite flamme qui paraissait danser. La petite fille se leva et se dirigea vers cette étrange chose sortie de nulle part.

Dès qu’elle ne fut plus qu’à quelques mètres, pof… La flamme disparut.

Lilly, déçue, resta perplexe quelques secondes quand, tout à coup, la flamme réapparut plus loin, à l’orée de la forêt.
Il fallait sortir du jardin pour y aller…
La petite fille hésita quelques instants, puis, trop curieuse, ouvrit son portail et se rendit vers la lumière. Après tout, elle connaissait bien cette forêt et n’était pas trop inquiète de s’y rendre, même de nuit.

Elle se dirigea donc vers la flamme. Arrivée à quelques mètres, elle vit la lueur entrer dans la forêt et l’attendre. Il sembla à Lilly qu’elle voulait lui montrer quelque chose. Alors la petite fille suivit la flamme sans se retourner.

Au bout d’un moment, elle s’arrêta, stupéfaite… Elle n’était pas du tout dans la forêt qu’elle connaissait !
Elle ne reconnaissait rien et une étrange lumière émanait du lieu. Lilly eut un instant de panique et chercha la flamme des yeux, son seul repère dans cet endroit inconnu.
Mais, horreur ! Durant les quelques instants qu’elle avait pris pour observer le lieu, la lumière avait disparu !

Elle se mit à courir à toute allure, le cœur battant la chamade. Elle appela fort d’une voix désespérée :
« Ohé ! La flamme ! Où es-tu ? »
Elle courait, criait, courait, criait, courait, criait.
Son cœur battait si fort, entre l’angoisse et la course, qu’elle dut s’arrêter. Elle avait l’impression qu’il allait sortir de sa poitrine. Elle regarda autour d’elle, puis s’effondra, ramena ses genoux contre elle et y enfouit sa tête en pleurant de chaudes larmes.

Comment allait-elle retrouver le chemin de chez elle ? Qu’est-ce qui lui avait pris de suivre cette flamme ! Elle était vraiment trop bête d’avoir osé s’aventurer si loin de chez elle dans la nuit…

Crac

Elle releva la tête, le cœur de nouveau battant.
C’était quoi ce bruit ?

Elle regarda autour d’elle, terrifiée à l’idée que ce soit une grosse bête sauvage qui aurait très faim et se serait bien repue d’une petite fille…

Mais elle vit bouger une toute petite tache rouge à pois blancs dans l’herbe à quelques centimètres d’elle.

Lilly écarquilla les yeux pour mieux voir. Une si petite chose ne pouvait pas la manger, impossible…

Il s’avéra que la tache était en réalité un chapeau. Un chapeau de champignon qui lui sourit timidement.

« Oh ! » s’écria Lilly.
« Bonsoir », lui lança joyeusement mais timidement le champignon.
« Bonsoir ! Je m’appelle Lilly. »
« Bonsoir, Lilly, moi, c’est Aphrodite. Aphrodite l’Amanite ! »
« Tu es très jolie ! » observa Lilly. « Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te manger ! » tenta de la rassurer Lilly.
« Oh, je te l’aurais fortement déconseillé. Mon espèce n’est pas comestible pour les humains. Je suis, comme vous dites, “toxique”. Mais je n’aime pas trop ce mot. »

Lilly regarda avec attention le petit champignon tout mignon. Elle était vraiment trop rigolote, cette amanite. Elle était tellement rigolote que Lilly en avait oublié son chagrin.

« De toute façon, on ne voit vraiment pas souvent d’humains ici… » renchérit Aphrodite.
Lilly observa autour d’elle avant de lui répondre :
« C’est quoi cette forêt ? Je me suis complètement perdue. J’étais chez moi dans mon jardin, j’ai vu une flamme bleue et je l’ai suivie car je voulais savoir ce que c’était. »
Aphrodite sourit et ses petits yeux se plissèrent comme un arc-en-ciel.
« Ah ! Je comprends mieux. Tu as suivi Emrys ! »
« Emrys ? »
« Oui, Emrys le feu follet. C’est lui qui choisit les humains qui ont le droit de pénétrer dans cette forêt ou non. Sinon, cet endroit est invisible pour vous en temps normal. Tu dois être spéciale pour avoir été choisie. »

Lilly haussa les sourcils.
« Je vois pas ce qu’il peut y avoir de spécial chez moi. » Puis elle se renfrogna. « Enfin, à part que je suis maladivement timide et que ça me gâche la vie. C’est pour nos défauts qu’on est choisi ? »
« Timide ? Tu ne me parais pas du tout timide ! »

Lilly réfléchit, puis sa bouche s’arrondit dans un hoquet de surprise. C’est vrai qu’elle avait parlé à Aphrodite sans la moindre retenue ni le moindre trémolo dans la voix ! Cet endroit avait donc des vertus magiques ?

« Alors là, non ! Sans que je comprenne pourquoi d’ailleurs… Habituellement, je suis incapable de parler à qui que ce soit. »
« Oula… ça ne doit pas être rigolo tous les jours, ni bien pratique ! » remarqua l’amanite.
« Non, c’est l’enfer. Mais je n’y peux rien… C’est plus fort que moi… » répliqua Lilly, le regard bas et les larmes prêtes à refaire surface.
« Tu crois qu’Emrys m’a emmenée ici pour me guérir ? » demanda la petite fille soudain pleine d’espoir.
Aphrodite hocha la tête de droite à gauche en fermant les yeux.
« Non, la forêt ne guérit pas les humains. Elle est magique, mais pas à ce point-là ! »

Les épaules de Lilly s’affaissèrent.
« Bon, alors comment je fais pour rentrer chez moi ? » soupira-t-elle, terriblement déçue.
« Ah, ça, je n’en ai aucune idée ! Je suppose qu’il faut que tu retrouves Emrys pour le lui demander… »
« Mais comment je fais pour le retrouver s’il ne se laisse voir que quand ça l’arrange ? » demanda Lilly au bord des larmes.
« Je ne sais pas non plus ! » répondit Aphrodite avec son sourire arc-en-ciel.

Elle avait beau être ultra choupie, Aphrodite n’allait pas résoudre son problème. C’était à elle de se débrouiller.

« Bon, ben merci quand même ! Je vais essayer de trouver Emrys, alors. Au revoir ! »
« Au revoir, Lilly ! Et bonne chance ! »

L’amanite s’emmitoufla dans une touffe d’herbe et se mit à chantonner sous son chapeau.
Lilly se remit en route, sans savoir où elle allait, mais elle n’avait pas d’autre solution.

***

Elle marcha de longues minutes, en observant de tous les côtés en tentant de retrouver Emrys.

Elle suivait ce qui ressemblait à un petit sentier apparu à la suite de nombreux passages d'animaux.
La forêt était vraiment belle. Cette lumière qui en émanait était si douce que Lilly se sentait étrangement en sécurité.

Au loin, elle découvrit un arbre qui n'était pas comme les autres. Il n'était pas particulièrement grand, mais il était incroyablement harmonieux dans ses proportions, et on aurait pu croire qu'il avait été peint par un artiste de grand talent. Ses branches étaient nombreuses, bien réparties de tous les côtés et des centaines de milliers de petites feuilles d'un vert sauge luminescent les habillaient merveilleusement bien.
Lilly voulut aller le voir de plus près et quitta donc le sentier pour s'en approcher.

Plus elle s’approchait, plus l'arbre déployait sa beauté. Le calme et le silence qui l’entouraient laissaient la petite fille rêveuse. Elle se mit sous son ombre et ferma les yeux de délice. Elle renifla l'air doux qui avait une légère odeur de fleur de printemps et de sève acidulée.

Ses oreilles surprirent un frémissement et ses yeux se rouvrirent pour savoir d'où provenait ce mouvement. Son regard se posa sur une branche d'où pendait une petite forme ronde et poilue.
Elle plissa les yeux, et la forme bougea de nouveau. Deux petits yeux bleus apparurent au milieu des poils et regardèrent fixement la petite fille.

Lilly sourit. C'était une chauve-souris, toute ronde et entièrement noire. Ses ailes se déployèrent et laissèrent alors apparaître, en plus des yeux bleus, un tout petit nez rose adorable. Elle était vraiment trop mignonne.

« Bonsoir ! » tenta Lilly. « Je suis désolée, je ne voulais pas te réveiller… »
La petite créature lui sourit à son tour.
« Oh, mais je ne dormais pas ! Je vis la nuit, moi ! »
Lilly se tapa le front avec la paume de sa main dans un paf sonore.
« Mais oui, je suis trop bête ! »
« Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu de fillette par ici ! Comment t'appelles-tu ? »
« Lilly ! Et toi ? »
« Niflounette ! Ravie de faire ta connaissance, Lilly ! »
« Moi aussi ! Cet arbre est vraiment très beau… »
« Oui, c'est pour ça que je l'ai choisi pour en faire ma maison. C'est celui que je préfère de toute la forêt ! »
« C'est quoi comme espèce ? » lui demanda Lilly.
« Eh bien, dans votre monde, vous appelleriez ça un aulne. Mais ici, les arbres sont tous un peu spéciaux. Moi, je l'appelle Eugène. »
Lilly haussa un sourcil.
« Pourquoi ? »
« Comme ça. J’aime bien ce prénom et je trouve qu'il lui va bien ! »
Niflounette et Lilly se sourirent et laissèrent passer un petit silence entre elles.
« Que fais-tu dans notre jolie forêt ce soir ? »
« Je suis à la recherche d'Emrys. C'est lui qui m'a guidée jusqu'ici mais il a disparu ensuite et je voudrais le retrouver pour lui demander de me ramener chez moi car je ne sais pas comment rentrer. »
« Oh, je vois… » opina Niflounette. « Eh bien je te souhaite bonne chance dans tes recherches, Lilly ! »
Elle était sur le point de s'envoler, sans doute pour aller se nourrir ou se promener, quand la petite fille l'arrêta.

« Attends ! » cria-t-elle presque. « Tu ne sais pas où il peut être ou comment le retrouver ? »
« Je suis désolée, Lilly, ça, c'est ta mission du soir, je dois te laisser trouver la solution toute seule… Et même si je le voulais, je ne pourrais pas t'aider car je ne sais pas pourquoi Emrys t'a emmenée ici… Mais fais-toi confiance, toi, tu vas trouver ! Bon courage, et bonne nuit ! » (Évidemment, du point de vue de Niflounette, ce « bonne nuit » avait le sens de notre « bonne journée » à nous.)

Flap, flap, flap, flap.

Lilly regarda Niflounette s'envoler.
Bon, elle n'était pas plus avancée, mais elle avait trouvé cette Niflounette si mimi qu'elle pensa que sa soirée n'était pas si terrible que ça. Entre l'amanite, la chauve-souris et ce lieu incroyable, elle se croyait dans un rêve. Alors autant en profiter ! On ne se retrouvait pas tous les soirs dans une forêt magique, nom d'un petit champignon des bois !

Elle reprit le chemin en chantonnant un petit refrain qu'elle inventa instantanément.

Un, deux, trois champignons,
S'en viendront à ma maison,
Boire du thé jusqu'au soir,
Au doux son de la bouilloire…

Elle sautillait gaiement et s'extasiait de se découvrir des talents de barde. Elle continua sa chanson et ses éclats de rire firent briller la forêt un peu plus sans qu'elle ne s'en rende compte.

Elle admirait une fleur par-ci, un papillon bleu phosphorescent par-là, et profitait de ce moment de grâce dans cette forêt merveilleuse.

Elle entendit un flap, flap, flap familier qui se rapprochait. Elle leva les yeux et vit Niflounette qui revenait vers elle. Elle se posa sur la branche de l’arbre qui se trouvait à côté de Lilly.

« Je t’ai entendue chanter, elle est rigolote ta chanson ! » lui dit Niflounette.
« Hihi, merci ! Cette forêt est vraiment un endroit incroyable, elle m’inspire même des chansons ! Tu te rends compte ? »
« Oui, ce lieu est fabuleux. Mais tu ne chantes jamais habituellement ? Tu as l’air d’avoir du talent pourtant ! »
Lilly étouffa un rire dans ses mains.
« Oh non ! C’est la première fois que je fais ça. Les mots sont venus tout seuls… Bon, c’est pas de la grande chanson, mais au moins ça rime ! »
« Je voulais aller voir mon amie Cibouille, ça te dit de venir avec moi ? On adore organiser une petite fête en automne. C’est notre saison préférée ! »

Lilly, qui avait complètement oublié qu’elle devait rentrer chez elle, se sentait désormais presque chez elle et répondit donc tout naturellement et pleine d’entrain :
« Oh ouiiiiii ! »
Elle se mit en route avant de se retourner vers Niflounette, toujours sur son arbre.
« C’est qui Cibouille ? Une amie chauve-souris ? »
Niflounette sourit en basculant ses oreilles de côté.
« Non, c’est une citrouille ! Viens, je te montre le chemin de sa chaumière. »
Niflounette s’envola de sa branche et voleta à côté de Lilly en lui montrant le chemin.

Tout en marchant, Lilly lui raconta un peu sa vie, son histoire, sa terrible timidité qui lui gâchait la vie et son envie rongeante de se faire des amis. Niflounette l’écouta, sans mot dire, sinon des « Ah ! », « Oh ! », « Je vois… » ou encore « Je comprends ». Cela faisait beaucoup de bien à Lilly, qui se sentait déjà plus légère d’avoir confié son fardeau à une oreille attentive. Quand elle eut fini, Niflounette lui montra d’une aile un endroit devant elles.

« Ohlala ! Comme c’est mignon ! » s’écria alors la petite fille.

Au centre d’une petite clairière illuminée d’une douce lumière dorée, une minuscule maisonnette se dressait. Elle était recouverte de mousse et de lierre qui grimpaient jusqu’à son toit d’écorce inondé d’herbes folles et de fleurs jaunes et blanches. Un chemin rikiki menait à la porte d’entrée ovale assez grande pour laisser passer Cibouille, qui était en train de jardiner.
Lilly la regarda. Elle semblait si douce que l’on aurait pu poser sa tête dessus pour s’endormir. Orange aux reflets brillants, elle avait un sourire qui ne la quittait pas et faisait un tas avec des feuilles dorées qui avaient commencé à quitter leurs branches maternelles.

« Ohé ! Cibou-ouille ! » lança Niflounette à l’orée de la clairière.
« Niflou ! » répondit gaiement la citrouille.

Niflounette voleta jusqu’à elle et, arrivée au-dessus de Cibouille, les deux amies se firent un check de l’aile et de la feuille.
Puis la chauve-souris se tourna vers Lilly.

« Je te présente Lilly ! »
« Bonjour, Lilly ! »
« Bonjour, Cibouille ! »

La citrouille se tourna de nouveau vers Niflounette et enchaîna comme si la présence de Lilly était parfaitement normale.

« Je t’attendais avec impatience ! Il faut absolument que l’on se mette d’accord sur la décoration et le menu de cette année ! Mais avant tout, ne bougez pas, je reviens. »

Cibouille sautilla vers sa chaumière et en revint quelques instants plus tard avec un plateau fumant sur la tête. Il était aussi rond qu’elle, fait d’un joli bois sombre et contenait trois jolies tasses en forme de citrouille, une carafe en forme de champignon dont s’élevait une fumée odorante qui mettait l’eau à la bouche.

« Vous arrivez pile à l’heure du chocolat chaud à la cannelle ! Avec ma petite touche personnelle, bien entendu ! » s’exclama Cibouille avec espièglerie.

Elle leur servit une tasse à chacune et Lilly prit la sienne avec envie en remerciant son hôte. Elle renifla son contenu et en ferma les yeux de gourmandise. Elle porta à ses lèvres la boisson chaude et se lécha les lèvres de délice. C’était doux, réconfortant, sucré et tellement bon… Le chocolat chaud se mariait à merveille avec la cannelle et avec un autre goût étonnant de noisette et de… citrouille ? Elle en but immédiatement une autre gorgée avec régal.

Lilly s’assit dans l’herbe et une conversation animée commença.
Cibouille proposa des guirlandes de feuilles pour la décoration, tandis que Niflounette suggéra des guirlandes de lichen pour changer. Elles demandèrent l’avis de Lilly, qui proposa de mixer les deux, ce qui eut pour effet de ravir les deux amies, enchantées par cette idée.
Puis des recettes fusèrent de la part des trois, chacune proposant des mets aussi gourmets que gourmands, aussi automnaux et réconfortants qu’un plaid sur un canapé et aussi colorés que la chaumière de Cibouille.

Alors que Lilly se régalait à l’avance d’un tel festin, son estomac se serra tout à coup. Elle se rendit compte qu’elle planifiait une fête qui allait être formidable mais à laquelle elle n’allait pas assister.
Alors elle se leva, remercia chaleureusement ses deux amies d’un soir, qui étaient tellement absorbées par leurs préparatifs qu’elles ne s’étonnèrent pas de ce départ précipité. Lilly quitta la clairière le cœur lourd.

Elle marcha, les larmes aux yeux, et souhaita désespérément qu’Emrys apparaisse de nouveau.
Son souhait fut entendu, et elle aperçut au loin une petite lueur bleue. Elle courut vers elle à toute allure, ses larmes s’envolant dans sa course effrénée.

« Emrys ! » appela-t-elle, la gorge encore nouée par ses sanglots ravalés.

Cette fois, le feu follet ne s’échappa pas et attendit que Lilly le rejoigne.
« Eh bien, Lilly, pourquoi ces larmes ? Pourquoi cette tristesse après avoir été si joyeuse ? » lui demanda Emrys d’une voix chaude, grave et douce à la fois.
Lilly baissa les yeux.
« Je suis triste car le seul endroit où je me sens enfin moi-même et où je ne suis pas timide n’est qu’un rêve. »
« Qu’est-ce qui te fait croire que c’est un rêve ? » la questionna Emrys.
« Ben, je n’ai pas été timide de la soirée et je me suis même fait des amies. Ça ne peut être qu’un rêve. »
« Non, Lilly. Ce que tu as vécu ce soir est bien réel. Tu ne dors pas. »
« Mais ce n’est pas possible ! J’ai parlé sans peur et avec une telle facilité… »
« Oui, c’est pour ça que je t’ai menée ici. Pour te prouver que la force que tu cherches est déjà en toi depuis toujours. Ce courage est sorti tout seul, sans que tu aies à forcer, et cela te prouve que tu es capable d’affronter tes peurs les plus enfouies. » Emrys lui sourit tendrement et, avec une de ses petites flammes bleues, lui releva le menton pour la regarder dans les yeux.
Lilly sentit une douce chaleur lui réchauffer tendrement le cœur et le ventre.
« Tu as la force en toi, Lilly ! »

Les larmes de Lilly revinrent de plus belle, mais cette fois, c’étaient des larmes de soulagement.

En repensant à sa soirée, Lilly comprit. Les yeux brouillés, elle sourit alors à Emrys.
« Maintenant, je peux rentrer chez moi, n’est-ce pas ? »
« Oui », lui répondit simplement Emrys.

Alors, Lilly sut que, le lendemain, elle trouverait la force en elle pour rendre à Zahia son bonjour, et peut-être même organiser une petite fête pour faire enfin connaissance…

Fin

Vous voulez continuer votre lancée et lire un autre conte ?

Droits d'auteur et illustrations : Natacha Rossignol

Suivre l'Atelier

Natacha Rossignol
Entrepreneur Individuel
SIRET 97929368500017
68 route d'Embrun 05200 Puy st Eusèbe

nequidia@gmail.com 06.67.48.18.73

Informations

Crédits photos

Natacha Rossignol

Mentions légales

Hébergeur : HOSTINGER INTERNATIONAL LTD, 61 Lordou Vironos Street, 6023 Larnaca, Chypre :https://www.hostinger.fr/contact.

💌 Recevez les nouvelles de la Doucellerie
Histoires, créations et douceur directement dans votre boîte mail