Conte enfant illustré : Quatre cœurs pour une graine (histoire douce)
Conte enfant dès 7 ans. Quatre cœurs pour une graine, une histoire douce et poétique écrite et illustrée par Natacha Rossignol.
CONTES ET HISTORIETTES
Natacha Rossignol
12 min lire


Il arrive parfois que le monde vacille… si légèrement qu’on pourrait presque ne pas s’en apercevoir.
Dans ce conte enfant dès 7 ans, suis le voyage de Niflounette, une petite chauve-souris courageuse, entraînée dans une quête aussi fragile qu’essentielle : trouver la graine qui permettra de préserver l’équilibre du vivant.
Entre océans profonds, récifs colorés et montagnes lointaines, elle croisera des êtres aussi étonnants que bienveillants. Mais au cœur de cette aventure, une question demeure : comment savoir où aller quand tout semble incertain ?
Une histoire douce et poétique, qui parle d’écoute de soi, d’amitié, de transmission… et de ce petit courage qui sommeille en chacun de nous.
Quatre cœurs pour une graine
Il existe sous les océans, une créature merveilleuse, garante de l'équilibre du monde vivant sur terre et en mer. Née en même temps que les eaux, elle est la sagesse et le calme incarné. Il s'agit de Kujira la baleine. Tous les êtres vivants la connaissent et peuvent faire appel à elle lorsqu'ils en ont besoin.
Un jour, Kujira ressentit un déséquilibre dangereux et inquiétant. Quelque chose n'allait pas, elle pouvait le percevoir dans les moindres recoins de son être. Il fallait à tout prix comprendre d'où cette sensation venait. Elle pensa immédiatement à son ami de toujours, Zarabia.
Zarabia était un érable infiniment vieux, aussi sage que Kujira, qui surveillait le monde vivant sur terre. Ils étaient intimement liés par magie : les racines de l’arbre plongeaient dans les profondeurs terrestres jusqu'à rejoindre les eaux des océans.
Kujira en était presque certaine, Zarabia était en danger.
✦
Dans les profondeurs de la forêt primaire de Svalbard en Norvège, les feuilles du grand ancien se paraient d'un ocre rougissant. Cette parure d'automne chatoyante, habituellement si tendrement mélancolique, n'avait rien de naturel. Le solstice d'été pointait le bout de son nez.
Alors que sa sève printanière avait fait naître son feuillage, Zarabia avait senti qu'elle n'avait pas le même goût que d'ordinaire. Et aujourd'hui, cette sensation devenait désormais une certitude : il allait mourir.


Il attendit la nuit la plus longue de l'année pour faire appel à sa petite compagne nocturne : Niflounette la chauve-souris.
Lorsque le crépuscule arriva, il entendit le claquement familier des ailes de la petite boule de poils.
« Zarabia ! Que se passe-t-il ? Votre feuillage... »
« Bonsoir, Niflounette. L'heure est grave mon amie. Je suis en train de mourir et je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre. Sans doute très peu. Il faut absolument trouver mon successeur pour que l'équilibre du monde soit préservé. Si je meurs avant qu'il ne soit planté, le monde sera en grand danger. »
Niflounette eut la respiration coupée à l'annonce de cette nouvelle. Quelle tragédie ! La soirée commençait bien mal...
« Que puis-je faire ? », finit-elle par demander à l'arbre.
« Va trouver Kujira, c'est la seule à pouvoir trouver la graine qui pourra me succéder. Vole dès ce soir, nous n'avons pas une seconde à perdre. Je sais que la tâche que je te demande est difficile, mais tu es mon seul espoir de prévenir Kujira à temps. »
« Oui, Zarabia, je vais faire de mon mieux. Avez-vous une idée d'où elle peut se trouver ? »
« Mes racines étant malades, j'ai beaucoup de mal à communiquer avec elle. Mais je peux utiliser un peu de la force qui me reste pour me concentrer. »
Le feuillage de Zarabia frissonna quelques minutes pendant que Niflounette attendait anxieusement.
« Je ressens vaguement sa présence dans le Pacifique... Je suis désolé, je sais que la zone est vaste et j'aurais aimé être plus précis. Mais ce serait une erreur de gaspiller le reste de mes forces. »
« Ne vous inquiétez pas, je vais la trouver. »
Niflounette avala bruyamment. Elle voulait rassurer son ami vénérable mais sa peur lui semblait plus grande que le ciel.
Elle ne perdit pas plus de temps et prit son envol en direction du sud-ouest. Durant le trajet, elle avala le plus de moustiques possibles pour se donner de la force.
Le voyage fut long et périlleux. Elle brava des tempêtes, des vagues qui cherchaient à l'engloutir et elle faillit même se faire avaler par une orque qui essaya de la manger. Elle devait raser les eaux pour trouver Kujira. Sa gigantesque ombre était reconnaissable entre toutes, par sa taille et sa couleur d’un bleu clair reflétant la lumière du soleil.
Kujira ayant senti que quelque chose n'allait pas, elle nageait à la surface de l'océan pour capter le moindre signal de son ami végétal qu'elle n'arrivait plus à contacter.
Niflounette, à bout de force, finit par trouver la baleine le long des côtes ouest de l'Amérique du Sud.
« Kujira, enfin ! Vous voilà ! »
« Niflounette ! Qu'arrive-t-il à Zarabia ? Je ressens sa présence de plus en plus faiblement. »
« Il est en train de mourir, grande Kujira. Son feuillage est comme en plein cœur du mois d'Octobre et il sent ses forces diminuer gravement. Il m'a dit qu'il était temps de chercher « la graine » que vous seule pouvez trouver. »
La baleine mesura l'urgence de la situation en une fraction de seconde.
« Je me mets en quête immédiatement. Quant à toi Niflounette, reste ici. Tu trouveras de quoi te nourrir et te reposer sur ces côtes chiliennes. Je te retrouverai dès que j'aurai la graine. Prends soin de toi et ne t'inquiète pas. »
La grande baleine plongea dans les profondeurs de l'océan. Elle concentra son énergie magique pour détecter un signal. Elle savait que la graine serait dans les océans car c'était ce séjour qui lui permettait d'acquérir toute la puissance nécessaire pour devenir le nouveau gardien terrestre.
Elle ressentit quelque chose du côté de l'océan indien. Cela tombait bien, Takora allait pouvoir l'aider.
C’était une aubaine ! Elle commença à entonner un chant puissant qui se répercuta dans toutes les eaux du monde. Son amie la pieuvre allait pouvoir se mettre en quête de la graine pendant que Kujira la rejoindrait. Quelques heures suffiraient pour que cette gigantesque créature traverse l’océan Pacifique vers l'Indien.
✦
Ses huit membres s’agitaient pour trouver de la nourriture, lorsque Takora s'interrompit. Un frisson parcourut la pieuvre en pleine partie de chasse.
Kujira...
Les ondes sonores vibrantes lui délivrèrent le message.
« Oh... Zarabia... » Takora fut émue de savoir ce grand sage mourant et compris que le temps était compté.
Elle fit appel à sa mémoire pour se rappeler si elle avait vu une graine dans l'océan ces derniers temps.
« Une aiguille dans une botte de foin serait plus facile à trouver... »
Takora était une très, très vieille pieuvre. Si elle était réputée pour son calme, son intelligence et sa mémoire aussi vaste que le gouffre des océans, il lui arrivait de pâtir de quelques trous dans celle-ci de temps à autre...
« Bon, ma vieille, ce n’est pas le moment de flancher », dit-elle à sa mémoire.
Elle se concentra si fort que son corps changea plusieurs fois de couleur. Elle passa du blanc au bleu, en passant par le noir et le rouge. Soudain, une petite lueur d'espoir la saisit. Sa respiration s'arrêta un instant.
« Oui, dans ce lagon, j'ai peut-être une chance de trouver ce que je cherche ».
Elle se propulsa le plus vite possible vers l'endroit qu'elle avait en tête.


Il s'agissait d'un endroit absolument paradisiaque (surtout du point de vue d'une pieuvre !). Un petit récif rempli de tourteaux (miam), de corail et des milliers de cachettes pour faire de longues siestes à l'abri des prédateurs.
Elle se mit à parcourir les moindres recoins du récif avec l'aide de ses tentacules pour retrouver cette graine sur laquelle elle était tombée en chassant les crabes la semaine dernière.
C'était par là...
Ah non ! Plutôt par ici...
Euh... Rah mais avec ce courant, elle peut être partout maintenant.
Elle a même pu être avalée par un poisson !
Cela faisait des heures qu'elle cherchait quand elle vit arriver Kujira.
« Takora ! Tu as reçu mon message ? »
« Bien sûr Kujira, je cherche, je cherche ! »
« Il semblerait que tu sois au bon endroit, je ressens la présence de la graine, elle est là, c'est sûr ! »
« Ah, voilà une bonne nouvelle. Je t'avoue que je n'étais pas sûre de pouvoir me fier à mon gruyère de mémoire ! »
« Comment ça ? Allons, allons ! Takora, voyons ! Ta mémoire est ce qui fait de toi qui tu es ! Elle ne peut pas te faire défaut ! »
« Eh bien, si ma chère... On vieillit tous, tu sais. Enfin, sauf toi bien sûr. Mais, en ce qui me concerne, plus le temps passe, plus ma mémoire me joue des tours. Cela me demande bien plus d'effort qu'avant pour retrouver ce que je cherche, hélas ! »
Takora discutait tout en agitant ses bras de partout.
Kujira sourit. Son amie l'attendrissait. Elle était toujours là quand on avait besoin d'elle, et encore une fois, elle ne la décevait pas, malgré ses trous de mémoires. Elle avait confiance en elle, puisqu'elle sentait la graine.
« Ah ! La voilà ! »
Takora sortit de sous un rocher une minuscule petite graine qui tenait sur une de ses ventouses. Elle la tendit à Kujira qui l'avala aussitôt.
La pieuvre fut horrifiée et se tint la tête de ses huit tentacules.
« Mais que fais-tu ?! » cria-t-elle en ouvrant grand ses yeux. Tant d'effort pour ça ?!
« Ne t'inquiète pas. Pour savoir si c'est la bonne graine, je dois l'avaler et la recracher par mon évent pour détecter sa magie et la force qu'elle a en elle. »
Takora baissa ses bras et fut soulagée.
« Ah bon, ça va alors. J'ai cru que tu devenais un peu zinzin ! » s'amusa-t-elle.
La baleine remonta à la surface et expulsa la graine dans un jet bruyant.
Elle redescendit voir son amie la pieuvre.
« Ma chère Takora, je suis désolée. Ce n'est pas elle... Il faut continuer à chercher... »
Takora déglutit. Gloups… Un petit nœud serra son ventre.
Mon dieu ! Déjà qu'elle avait mis des heures à trouver celle-ci... Et puis ce temps qui presse…
Elle se remit au travail en faisant de son mieux pour fouiller le plus vite possible.
Ses efforts payèrent, elle retomba sur une graine dans une touffe d'algues qu'elle tendit de nouveau à Kujira.
Celle-ci l'avala, remonta à la surface la recracher, puis la ravala. Elle replongea et sourit à Takora.
« C'est elle. Merci mon amie ! Je n'y serais pas arrivé sans toi ! »
La pieuvre était soulagée d'avoir réussi.
« Vite Kujira, je t'ai assez fait perdre de temps comme cela ! »
« Non, tu as été parfaite ! Encore merci ! »
Kujira repartit du récif à toute vitesse.
Takora soupira, se recroquevilla dans un rocher, puis dormit comme un bébé poulpe.
✦


La baleine fendait les flots à une vitesse qu'aucun être vivant n'était capable sous l'eau.
Son esprit était agité. Elle qui était d'ordinaire si calme avait les idées qui ressemblaient à un ressac de tempête.
Qu'est-ce qui avait bien pu attaquer Zarabia ainsi pour qu'il soit en train de mourir soudainement ?
Une sourde magie était à l’œuvre et il fallait à tout prix comprendre ce qui se passait si on voulait que la graine ait une chance de pousser.
Une si petite graine... Kujira sentait sa chaleur et sa soif de pousser en elle. La baleine ressentait aussi toute la puissance qu'elle portait en son sein.
Elle n'avait sans doute que très peu de temps pour trouver ce qu'il se passait avant que la graine soit menacée dans sa croissance à son tour. Elle allait devoir mettre tout en œuvre pour assurer sa réussite. Mais pour l'heure, il fallait retrouver Niflounette.
✦
Tête en bas et ailes repliées sur ses yeux, Niflounette ronflait doucement accrochée à une branche de peumo. Son feuillage dense offrait une ombre épaisse et fraîche qui rappelait les nuits norvégiennes à la petite chauve-souris.
Elle dormait profondément depuis des heures quand une sensation la réveilla.
Elle bailla aussi grandement que sa petite bouche le permettait.
Elle déplia ses ailes qu'elle étira loooooooooooooongtemps, puis s'envola vers la côte.
Kujira l'attendait au bord de l'eau.
« Tu as entendu mon signal, Niflounette ! Nous avons trouvé la graine. Maintenant écoute moi bien. »
La chauve-souris ouvrit grand ses oreilles.
« Cela va être à toi de planter cette graine. »
Niflounette écarquilla les yeux.
« Ne t'inquiète pas, il te suffit d'écouter ton cœur et d'ouvrir ton esprit pour connaître l'endroit parfait. Maintenant, prend cette graine, et va ! »
Kujira replongea dans l'océan, l'esprit déjà à sa mission suivante.
Niflounette serrait la graine entre ses dents, et resta abasourdie quelques instants sur la plage.
Mais comment savoir où il fallait se rendre ?
« Écouter mon cœur, écouter mon cœur... » Soudain, Niflounette eut envie de voir Zarabia.
« Eh bien c'est décidé, je vais aller lui demander conseil. Je pense qu'il saura mieux que moi où la planter cette graine ! »
✦
La respiration lente, rauque, et saccadée, Zarabia vit une autre de ses feuilles tomber devant lui sur un tapis de milliers d'autres.
Depuis que Niflounette était partie, son état n'avait fait qu'empirer. Ses branches désormais presque toutes effeuillées, se recroquevillaient sur elles-mêmes. Leur sève les quittait peu à peu.
Pourvu qu'elle fasse vite...
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« ...bia ! »
« ...abia ! »
« ...Zarabia !!! »
L'érable ouvrit un œil difficilement. Il aperçut Niflounette, l'air affolé, qui virevoltait devant lui.
« Ni... Niflounette ! Tu es là, enfin ! »
« Zarabia, j'ai fait le plus vite possible. J'ai la graine ! »
« Il... faut la planter... Tu ne … Tu dois faire vite. »
« Mais je ne sais pas où la planter ! », répondit Niflounette affolée. « Kujira m'a parlé d'écouter mon cœur mais à part venir vous voir, mon cœur ne me dit pas grand-chose... »
« Elle a raison. Fais... toi... confiance. Vole... et … si tu trouves un lieu... où tu te sens bien... si bien que... tu voudrais y rester pour toujours...plante la graine. »
La chauve-souris fut terrifiée par la faiblesse de l'arbre. Elle lui lança un dernier regard, le cœur serré, et s'envola au plus vite.
✦
Niflounette volait, volait, volait... Sans trop savoir où elle allait...
Ses yeux étaient embués, elle se sentait perdue, triste, seule au monde. Ce monde qui reposait sur ses toutes petites ailes affolées.
Nord ? Sud ? Est ? Ouest ? Mais où, où ?
Elle ne tenait plus, il fallait qu'elle se pose quelque part pour respirer.
Elle vit un arbre au loin qui semblait l'avoir entendu.
Elle fonça dans sa direction puis se posa sur une branche.
Souffle... Un, deux trois... Souffle... Un, deux, trois...
Les yeux fermés, comptant scrupuleusement ses inspirations et ses expirations, son cœur finit par s'apaiser.
Elle rouvrit les yeux.
Un endroit, où je me sens si bien que je voudrais y rester pour toujours.
Soudain, elle repensa à sa chère Mimoune.
Tandis qu'elle lui apprenait à attraper les moustiques les soirs de pleine lune, elle lui racontait sa jeunesse et ses souvenirs merveilleux.
Elle lui parlait de ce lieu tant aimé…Mimoune en avait les larmes aux yeux à chaque fois qu'elle l'évoquait...
Niflounette replongea dans ses souvenirs. Où c'était déjà ?
Puis, elle fut frappée. Pourquoi penser à Mimoune tout à coup ?
Mais oui, bien sûr ! Écouter mon cœur... Elle me le disait si souvent...
Niflounette en était convaincue : il fallait retrouver ce lieu magique. C'était là-bas qu'il fallait planter la graine ! Elle n'avait plus aucun doute !
Son petit corps était ragaillardi par cette pensée.
« Bon, maintenant, il faut savoir où c'est. »
Niflounette ferma les yeux et se concentra sur ses souvenirs.
Des pics enneigés, des montagnes si belles qu'elles semblaient toucher les étoiles. Et puis un lac, un très grand lac... Mimoune n'y allait plus parce qu'il lui fallait plusieurs jours de voyage. Combien déjà... ? Une dizaine... Il ne va pas falloir traîner...
Poussée par un élan inégalé, Niflounette s'envola à tire d'ailes.
✦
À bout de souffle, après 8 jours de vol presque ininterrompu vers le sud, elle le vit apparaître.
Il serpentait entre des montagnes aussi belles les unes que les autres, tantôt verdoyantes, tantôt rocheuses.
Elle le sentait, c'était bien d'ici que lui parlait sa Mimoune adorée. C'était là, qu'elle avait passé sa jeunesse.
C'est vrai que c'était beau, incroyablement beau. Et surtout, elle se sentait si bien ici qu'elle voudrait y rester le restant de ses jours...
Elle choisit une montagne qui dominait le lac bleuté et majestueux. Un pic rocheux qui semblait fier et éternel.
Elle vola jusqu'au sommet puis trouva une petite étendue d'herbe qui semblait parfaite.
Elle gratta le sol, mit la graine qui était restée dans sa bouche et avait presque commencé à germer avec sa salive.
Puis referma le sol de ses ailes fourbues.
Voilà, elle pouvait respirer... Elle avait accompli son devoir...
✦
Au même instant, à des milliers de kilomètres plus au Nord, Zarabia poussa son dernier soupir, dans un soulagement intense et une profonde reconnaissance pour la petite Niflounette.
Il le sentait, elle avait réussi.
Il pouvait mourir en paix.
FIN
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